mardi 17 mars 2020

Le macho sapiens


















   Il y a quelques années, je m'étais prêté à une petite analyse socio-éthologique de nos penchants politiques et idéologiques : j'observais que le Français râlait mais ne se révoltait pas, je lui trouvais une posture de soumission, bercé qu'il était par les discours normatifs.
Par le vote, il désignait un énarque parce qu'il aimait bien sa tête, le timbre de sa voix, la couleur de son parti ; quand il l'écoutait engoncé dans le cocon de son canapé, sous son plaid calé bien au chaud, il pouvait s'endormir peinard, aucune révolution à l'horizon. De toute façon, en tant qu'électeur, son choix n'en était pas un puisque depuis plus de 20 ans, il s'agissait de bloquer l'extrême droite. Il était victime d'un chantage grossier à l'échelle du pays.
Avec les gilets jaunes, je me suis rendu compte qu'il y avait quand même un peu d'espoir, le cerveau des individus n'était finalement pas si malléable. Un certain nombre de pièges et d'atavismes menaçaient toujours son esprit critique, mais on pouvait rêver l'aube d'un changement.

A l'heure où je retravaille cet article à la lumière des circonstances, les élections municipales ont eu lieu sur fond de pandémie et d'effondrement du système. La peur, souvent, réveille chez l'homme de bien vils atavismes. Espérons cette fois-ci qu'un certain éveil des consciences aura guidé la main des électeurs, qu'ils se seront détournés de l'obscurantisme. Hier, Macron a fait l'annonce du confinement sanitaire de la population, en se prenant pour De Gaulle, de manière quelque peu grotesque : c'est la guerre, la guerre, la guerreeeeee... !!!

Voici quelques schémas de pensée primaire, bons à connaître, pour mieux s'en libérer.

Le culte de la figure paternaliste


Le citoyen se résigne à tout et excuse souvent le patron, l'élu, le politique qui lui crache pourtant son mépris à la gueule, sous forme de mensonges de plus en plus grossiers. Les arguments qu'il avance, constamment remâchées, ne sont plus remis en question, ils se nomment : "réalisme économique, intérêt général, tout le monde le fait, les pauvres profitent du système, les immigrés mettent en péril l'unité nationale, etc". (Face au dérèglement climatique et à ses victimes, il est plus facile de fermer les frontières que de changer de modèle économique).

L'homme politique a simplifié son discours à l'extrême, bientôt je l'imagine telle une guenon pointer du doigt les méchants immigrés en criant des sons inintelligibles, car il a bien compris que des mécanismes primaires gouvernaient une grande partie de l'électorat. Pour illustrer cela, je vais fournir une série d'exemples :

Le premier choix idéologique de l'homo sapiens lui est dicté par la peur, des dangers le guettent. L'homme de la préhistoire constate que l'esprit a déserté le corps sans vie de son ami, que la foudre tombe mystérieusement des cieux et ce monde tragique et mystérieux le conduit à croire en une intervention divine. La religion est née.

Dès lors, les hommes assemblés en communauté n'eurent de cesse de désigner un élu pour intercéder auprès des dieux, arbitres de toutes les contingences humaines, les récoltes, la santé, le climat, la sécurité. Le guerrier, le sorcier, le chef éclairé, depuis cette enfance de l'humanité, l'idée s'est inscrite en nous que le fort, le patron, l'élu, le chef de l'état était qualifié pour décider à notre place. Les fautes des humbles toujours pointées du doigt, tandis que les exactions des puissants étaient excusées, extravagances d'enfants gâtés tout au plus. Les pauvres magouillent quand les riches font preuve d'ingéniosité.

La France, État laïque, prétendrait-elle s'être débarrassée de la religion ? Illusion, car Dieu survit à travers les valeurs conservatrices - travail, famille, patrie - pour le plus grand bonheur des leaders d'opinion. Or, Dieu distingue mal les nuances de couleur, c'est Noir ou Blanc, jamais gris, cela simplifie les prises de décision ! Ces valeurs sacro-saintes portent en elles leur propre justification ; dès lors, la défense du travailleur met en péril le travail comme force de production, le débat sur les inégalités de toute sorte se heurte au concept de famille, la paix et l'intégration doivent s'effacer devant l'idéal d'une patrie unifiée et inaltérable.

Le monothéisme est inscrit dans notre culture, nos mentalités, nos institutions, nous sommes hypnotisés par des valeurs séculaires qui ne sont pas en soi négatives, mais le deviennent lorsqu'elles sont instrumentalisées pour servir le pouvoir. L'oreille de l'électeur est prête à recevoir ces thématiques rassurantes, énoncées par une figure paternaliste qui se pose en père de la patrie, protecteur, inaltérable, digne même parmi les affaires les plus nauséabondes. 

Paradoxalement, tandis que le mirage capitaliste se perpétue, des valeurs intrinsèquement positives telles que l'écologie, la justice sociale et la solidarité peinent à fédérer les foules. La preuve, l'homme politique effleure ces sujets l'espace d'une élection, pour une fois élu, les remiser aussitôt. Il semble qu'un certain rejet de l'écologie ou de la solidarité se soient transmis dans la société, véhiculés par des atavismes et des émotions primaires que je vais évoquer ci-dessous.


La théorie du macho carnivore


Il y a quelques années de cela, dans la campagne landaise, vers Peyrehorade, mon père retournait chez le dentiste pour poser un plombage sur une dent à moitié dévitalisée. Vous allez mettre quoi sur la dent ?  Nom scientifique incompréhensible en guise de réponse, mon père insista, oui mais qu'est-ce que c'est ?

Penché au dessus de lui, le professionnel, ses outils menaçants à portée de main, sûr de son ascendant, lui jeta sèchement : vous voulez pas que je vous donne la composition chimique ?

Non, répondit mon père, mais vous pouvez me dire si c'est un amalgame au mercure ou un composite !?

Pourquoi, vous êtes contre les alliages mercure ? Et bien, oui, plutôt. Ha, éructa le dentiste, c'est complètement idiot d'être contre !

Donc selon vous, les scientifiques qui pointent du doigt la toxicité de ces produits sont stupides ? De même que les dentistes qui refusent de les utiliser, comme c'est le cas dans la majeure partie des cliniques en Allemagne ?

Pff, c'est comme l'histoire du mercure dans les poissons haha !

Et bien quoi, fit mon père, les gros poissons ne sont pas contaminés au mercure ?

Si, mais après quoi, vous allez me parler du diesel ?

Moi, je vous ai parlé de rien, je voulais juste savoir qu'est-ce que vous alliez me coller dans les dents, pourquoi, le diesel ne produit pas de particules fines ?

Si mais c'est pas ça qui pollue l'air !

Non, ce n'est pas que ça, répondit mon père, mais ça y contribue.

Pour finir, le spécialiste lui asséna la vérité inébranlable entre toutes, celui de la robustesse, les alliages au mercure tiennent plus de 40 ans !

Comment quelqu'un de cultivé peut-il se faire une fierté d'être contre l'écologie, ceci est un grand mystère que je vais tenter d'élucider. Expliquons ce qui découle, selon moi, d'une réaction d'homme de Neandertal !

Dans son état de nature originel, l'homme regroupé en meute suit le fort, et le faible idolâtre celui qui l'opprime. La force est le ferment de nos sociétés, l'homme se croit au dessus de la femme, le chasseur au dessus du cultivateur, le guerrier au dessus du pacifiste et par extension, tous nos choix semblent découler de ce concours de celui qui a les plus grosses couilles.

Ainsi, le dentiste lors du repas de chasse à la palombière se gausse des écologistes. Inconsciemment, il ramène toute la réflexion sur la protection de l'environnement à un concours de quéquettes entre les viandards virils et les bouffeurs de pissenlits efféminés.

Alors que la planète, et ce n'est pas faute d'être informé, ressemble de plus en plus à un terrain vague, stérile et bétonné, et que l'agro-alimentaire pollue notre nourriture en toute légalité, persiste cette vision condescendante de l'écologie, sorte d'utopie de doux rêveurs post-soixante-huitard !

Encore une fois, le bon sens et le bien commun s'effacent devant des atavismes, mélange de machisme puéril et de soumission à la loi du plus fort, des mécanismes de pensée qui excusent et justifient les décisions du patron, du dirigeant, de la multinationale, de l'élu.

Le larbin consentant


Car il s'agit bien de justifier n'importe quoi, A N'IMPORTE QUEL PRIX, lorsque l'on persiste à soutenir un homme politique corrompu, en s'abritant derrière des remarques telles que - les autres font la même chose ! "Oui, soyons résignés plutôt que révoltés, laissons cela aux communistes". Et de là, mon deuxième exemple : le communisme fait peur, "Staline a fait des millions de morts", en guise d'argument choc. Certes, mais les égarements d'un dictateur doivent-ils nous faire oublier les valeurs de partage, de solidarité et de justice sociale qui font la pensée socialiste ?

Alors que les partis de centre, gauche et droite sont tous à la solde des intérêts du monde de la finance et de l'économie de marché, que le social a déserté le programme des socialistes, pourquoi les candidats d'extrême gauche inspirent-ils à ce point la méfiance tandis que les partis d'extrême droite rencontrent la faveur populaire ? Si l'électeur est sensible aux discours populistes de la droite, c'est parce qu'il a peur : oui fermons les frontières aux immigrés et résignons-nous à travailler plus pour résister à la concurrence étrangère, au bénéfice du grand capital !

Pendant ce temps, à l'assemblée nationale, nos élus continuent de se gaver, de perpétuer le règne de leur oligarchie en accord avec un système qu'ils n'ont aucun intérêt à changer. Pourquoi en serait-il autrement, le peuple trouve encore parmi ces personnages des figures paternalistes à aimer et suivre aveuglément !

Le mouvement écolo et social énonce pourtant une évidence : les hommes que nous portons au pouvoir sont à la solde de multinationales qui pervertissent nos modes de vie, souillent notre environnement et contaminent nos aliments. Ces individus ne nous veulent pas du bien ! Comment nier l'évidence quand l'eau même du robinet est contaminée aux sulfates !?

Lorsque le pesticide qui a souillé nos nappes phréatiques finit par être interdit, sans que Bayer-Monsanto n'ait à répondre publiquement de ses actes, le conglomérat continue de fourguer son poison dans les pays du Tiers-Monde, en toute impunité.

Malgré ces exemples du quotidien, il est peu probable que les Français élisent un représentant parmi les deux courants politiques minoritaires, l'écologie et le social, mouvements pourtant intrinsèquement vertueux. Un énarque issu de l'oligarchie leur paraîtra un choix plus rassurant. Même si ce dernier les traite comme des larbins en faisant le jeu de l'économie de marché et du capital. La classe moyenne, qui ne paie pas l'impôt sur la fortune, va souvent élire un homme qui représente les intérêts d'une minorité à laquelle elle n'appartient pas, celle des nantis !


L'Homo connectus


Allons-nous, Français, à l'instar des Américains, promoteurs d'un modèle économique inégalitaire, élire toujours l'escroc qui aura su flatter nos plus bas instincts ? 

Les stratégies des politiques - monter les catégories sociales les unes contre les autres, exacerber la peur des minorités, désolidariser l'économique du social, opposer le progrès à la solidarité - sont relativement efficaces dans la mesure où les individus sont conditionnés par les médias , la répétition des mêmes messages exerce un pouvoir lénifiant : par exemple, les journaux consacrés à l'information négligent l'actualité internationale pour ne plus ressasser que des affaires de corruption, au point que les Français finissent par ne plus trouver cela pertinent. Sous couvert de condamner des pratiques malhonnêtes, les médias ont contribué à forger l'idée reçue que tous les hommes politiques étaient malhonnêtes, que c'est normal de tricher quand on a du pouvoir et ça a même du bon si cela revient à défendre les valeurs familiales : oui car en faisant profiter ses proches de ses largesses, ne fait-on pas preuve de générosité ?

Médias et pouvoir façonnent nos mentalités de larbins. En faisant le culte de l'individualité, présentée à travers le prisme du consumérisme, ils donnent à chacun le sentiment, factice, d'être libre de ses choix. C'est ce qu'explique le chercheur Didier Courbet, dont je présente ici un extrait, en guise de conclusion :

Médias, propagandes et démocraties : les apports de Jean-Léon Beauvois aux sciences sociales et aux sciences de la communication, Les Cahiers de Psychologie Politique, n°17, 2010

"Les médias sont des outils volontairement utilisés à des fins de propagande par des organisations (firmes internationales, partis politiques) et institutions minoritaires, voire pays, qui possèdent un fort pouvoir social.  Ils utilisent de manière réfléchie les médias pour divertir les citoyens, les faire penser à autre chose, les détourner des vraies valeurs du fonctionnement social, à savoir la participation de tous au pouvoir. Aussi donnent-ils aux personnes des contenus médiatiques divertissants, flattant leur motivation profonde, les orientant vers un faux bonheur lié de manière excessive au soi, à la consommation de produits, à l’augmentation de leur pouvoir d’achat…. Pendant que ces groupes et institutions qui possèdent les médias, cherchent à gagner le pouvoir,  le peuple, lui, ne s’en occupe pas et en est détourné (...)

Par internalisation et rationalisation, les deux processus socio-cognitifs fondamentaux, nous nous faisons croire que nous sommes libres alors que nous ne le sommes pas. On accepte très facilement et même on solidifie la conception philosophique de la liberté individualiste pour accepter notre état d'être soumis. Dans ce contexte, la plupart de nos raisonnements ne consistent qu’à légitimer nos insuffisances. En tant qu’agent social, l’illusion de liberté nous conduit à trouver des justifications à notre obéissance comme à notre démission sociale en nous convainquant de leur caractère rationnel et de leur nécessité psychologique et sociale. L’agent social est en état de soumission au pouvoir social et il ne s’en offusque pas. Le pouvoir ainsi dégagé de son caractère problématique -c’est-à-dire d’une discussion sur lui- peut en toute tranquillité se reproduire. Cette anesthésie est due d’abord aux conséquences psychologiques de l’obéissance aux pouvoirs libéraux qui déclarent les gens libres et les incitent à trouver des justifications a posteriori à ce qu’ils font, par un mécanisme de rationalisation, puis à considérer que ce qu’ils font correspond parfaitement à leur nature intime (internalisation). Ce  mécanisme d’internalisation opère même lorsqu’ils sont objectivement en position d’obéissance et que cette position suffit à expliquer ce qu’ils font. C’est par la propagande, notamment médiatique, mais également de l’école que ces mécanismes sociaux opèrent. Concernant la démocratie et les droits de l’homme, chaque agent social a les « mêmes valeurs uniformisées » bien qu’il pense être différent des autres".


Une pandémie plus loin...


Des incendies qui ont ravagé en masse l'Amazonie et l'Australie, jusqu'à ce pangolin qui sous la forme d'un virus nous jette au visage "vous avez défoncé ma forêt, vous êtes venus me déranger dans mon habitat naturel, pour me bouffer, vendre mes écailles, et bien prenez-vous dans la gueule les conséquences de votre avidité", il y a là un message qu'il est difficile de ne pas entendre : êtres humains, nous avons usé et abusé de la nature, en totale cupidité, il est temps d'agir en pleine conscience.

Le COVID-19 est une crise globale et totale puisqu'elle impacte toute notre organisation sociale, la santé, la bourse, l'économie mondiale sont un tout qui vacille. Cela peut contribuer à réveiller les consciences ou, au contraire, précipiter les gens dans le puits sans fond de l'obscurantisme. Cette crise n'a pas conduit le gouvernement chinois à assouplir son régime ; quant aux xénophobes de tout poil, on se doute également que la menace virale va les rendre encore plus virulents. Car le virus est aussi une métaphore de notre système et de nos mentalités, dans son sillage suivent d'autres manifestations virales, tout aussi dangereuses : repli sur soi, individualisme, agressivité, égoïsme, avidité et opportunisme marchand.

Avec le renouveau du mouvement d'émancipation de la femme (qui ne réclame finalement rien d'autre que l'accès à la dignité humaine), avec le surgissement de nouvelles formes de solidarité pour contester le diktat d'une classe dirigeante (pour exiger l'accès équitable au bien-être), avec la multiplication des catastrophes environnementales (incendies, crues, pandémies) qui découlent directement d'un système économique anthropophage, les êtres humains sont prêts, j'espère, à se débarrasser de cette fierté puérile qui habite le macho-sapiens depuis la nuit des temps.


La Ferme des Animaux, de Georges Orwell, éclairée par Michel Onfray dans son livre, Théorie de la Dictature :

"Des humains viennent visiter la ferme pendant que les animaux travaillent. Le soir, dans la maison de Jones, cochons et humains festoient, banquettent, boivent de la bière, jouent aux cartes et portent un toast à la réconciliation entre les cochons marxistes-léninistes et les humains capitalistes. De part et d'autre, on parle de regrets, de craintes infondées, des rumeurs mauvaises, de la nécessité de la discipline ; mais on se réjouit aussi des rations basses, de la durée élevée du temps de travail et "du refus de dorloter les animaux de la Ferme". L'usage du mot camarade est aboli ; la propriété se trouve concentrée entre les mains des cochons ; le défilé devant le crâne de Sage l'Ancien est supprimé ; on enlève la corne et le sabot sur le drapeau ; la Ferme des Animaux redevient la Ferme du Manoir




vendredi 6 mars 2020

Alternatives locales

Cette rubrique s'intéresse à toutes les initiatives écocitoyennes sur le territoire landais.

Pourquoi ont-elles pris une telle importance symbolique ?

Parce que les élections ne suffisent plus pour que s'exerce le vrai pouvoir démocratique du peuple : le vote blanc n'est pas pris en compte, qui seul pourrait nous sortir de cette impasse électorale, le choix entre un serviteur du capital ou une marchande de haine.
Le pouvoir des élites, de plus en plus autoritaire, démembre pierre par pierre le système de protection sociale, en le privatisant : les retraites, la santé, les aides sociales, etc. Dans un laboratoire aux Etats-Unis, ils sont parvenus à cartographier le coronavirus, il ressemble étrangement à notre président : un visage impavide hérissé de matraques et de tasers pour empêcher les manifestants.

Ainsi, au bas de la pyramide technocratique, les gens s'organisent, partagent, s'entraident, inventent des modes de vie alternatifs, proposent des solutions concrètes. A l'échelle globale, ces efforts semblent parfois travail de fourmi, mais quoi, il faut vivre la tête haute : avec pour colocataire l'usine de Bayern-Monsanto à Peyrehorade, que l'on sait puissamment dotée d'armées d'avocats, de consultants, d'experts en tous genres, l'action de ces individus et associations humaines prend tout son sens : c'est le combat du petit écureuil landais contre le Goliath du libre marché, celui qui avale tout sur son passage, écosystèmes, êtres humains, écureuils et tout ce qui fait obstacle à son expansion.

Pour autant, il ne s'agit pas ici de tomber dans les extrêmes et de faire des leçons de morale. Simplement rendre compte des initiatives intéressantes, vertueuses ou parfois simplement amusantes, de celles qui éveillent l'esprit critique et améliorent la qualité de vie des habitants des Landes, département préservé comparé à d'autres territoires.

Beaucoup de ces initiatives ont un rapport à la terre et c'est bien compréhensible : en effet, entre agriculture intensive et dégradation des milieux naturels, l'hommo erectus agropastoral est devenu un rat des villes ; c'est en revenant à ses racines qu'il reprend le contrôle de sa vie, il délaisse les allées des méga centres commerciaux pour parcourir la campagne et échanger avec ses semblables. De plus en plus, il troque le dernier smartphone contre une bêche et un sac de terreau.

L'expression de ce renouveau passe également par des actions de protection du patrimoine naturel et social, par le biais de regroupements associatifs ou bien spontanés. L'écureuil en a assez d'être stigmatisé comme un créature fainéante qui vit au crochets de la société, le discours public le place dans des catégories pour mieux le manipuler, l'écureuil reprend le contrôle de son destin.

La crise du coronavirus me fait l'effet d'un réacteur chimique ou d'un exhausteur : les coupes budgétaires sur tout ce qui améliore la qualité de vie des êtres humains (à commencer par la santé) donnent un goût d'amertume ; la prééminence des géants de l'économie de marché (supermarchés, Amazon, etc.) sur les producteurs locaux laisse comme un arrière goût de nitrates. N'oublions pas que le grand argument des défenseurs de l'agriculture et de l'élevage intensifs, basés sur la monoculture et le recours à la chimie, tient en cette petite phrase sarcastique : "On ne nourrira pas la planète avec du bio". Faisons le pari du contraire : à titre d'exemple, le soja et maïs transgéniques, pour alimenter les camps de concentration à cochons, ne nourrissent que très indirectement les êtres humains.

Cette pandémie crée des contraintes lourdes sur la liberté de circulation des hommes et des marchandises, les petits producteurs locaux vont-ils s'en relever ? En distribuant localement, ils réduisent la dépendance aux énergies fossiles (réduction du transport de marchandises longue distance) et au diktat du marché ; en éliminant les intermédiaires, ils valorisent le travail des producteurs et redonnent de l'autonomie alimentaire au consommateur ; mais sont-il opérants face à ce scénario inattendu ? Passée la sidération des premières semaines, quelques-uns semblent s'adapter, en effectuant des livraisons et prenant des commandes individuelles groupées, en s'entraidant entre confrères, etc.

Consommer "bio" et local, c'est dire bonjour à son estomac et dire merde à l'économie de marché, celle qui s'enrichit sur le cadavre fumant des écosystèmes et des êtres humains, en les opposant.

A la date du 31/03/2020, le listing des producteurs locaux sera accessible sur le site de l'AANA (Agence de L'alimentation en Nouvelle Aquitain)

Également ici, la liste des producteurs bio dans les Landes et en Gironde.

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